IV - Les six points généraux et le plan de l’ouvrage

La cause (de l’éveil) est la nature de bouddha ;
Le support, le précieux corps humain ;
Le facteur en est l’ami de bien ;
Les moyens sont ses instructions ;
Le fruit est corps de parfait bouddha ;
L’activité œuvre sans concept pour tout vivant.

- Pour mener à bien leurs efforts vers l’éveil, les pratiquants doivent connaître six points essentiels.

Ces six points sont présentés d’abord dans ce qui est appelé le « Synopsis » . Dans le Joyau Magique, comme dans beaucoup d’ouvrages traditionnels, on trouve un texte racine, ou un résumé, qui expose de façon très concise les thèmes majeurs. C’est une sorte de table des matières, une formulation lapidaire, souvent sous la forme de vers réguliers, permettant d’être mémorisée plus aisément. Ce texte est nommé le « Synopsis » (tib. sdom tshig) de L’Ornement de la Libération, le corps de l’ouvrage le développant et l’explicitant.

Gampopa soutient que toute personne intelligente10  doit connaître :

– La cause initiale de l’insurpassable éveil.
– L’individu qui est le support de sa réalisation.
– La condition qui l’incite à réaliser cet éveil.
– Les moyens qui lui permettent de le réaliser.
– Les résultats de cette réalisation.
– L’activité éveillée qui en découle.

L’articulation de ces six points est très claire :

1.  Il est possible de réaliser l’éveil parce que nous avons déjà la nature de bouddha. S’il n’en était pas ainsi, tous les efforts que nous pourrions faire pour actualiser l’ultime réalisation spirituelle, limités à nos capacités humaines, seraient à jamais inadéquats. Immanente et présente en tout être, cette nature de bouddha est notre nature la plus profonde. Parce qu’elle est déjà présente en nous, mais masquée et souillée par des illusions adventices, il est possible de la réaliser pleinement. 

2. Cette actualisation nécessite un certain nombre de conditions favorables. Celles-ci se trouvent réunis dans la suprême existence humaine qui est, de fait, le support nécessaire à la réalisation.

3. Ce support, avec ses qualités indispensables, s’avère encore insuffisant. Nous avons besoin de stimulations extérieures causées par un agent. Cet agent est appelé l’ami spirituel. Il sera l’inducteur, celui qui va nous inspirer, nous stimuler, et qui va aussi nous transmettre les moyens de réaliser notre véritable nature.

4.
 Ces moyens, les instructions de l’ami spirituel, constitue le quatrième point, qui forme aussi la majeure partie de l’ouvrage. Il comprend : les méditations qui remédient aux attachements11 , l’exposé du refuge, celui de l’esprit d’éveil (bodhicitta en aspiration et en application : la pratique des six paramitas), puis les étapes de la progression : les cinq voies et les dix terres (bhûmis).  

5. Vient ensuite le résultat de la réalisation : le fruit, c’est-à-dire l’état de bouddha — « trikaya », les trois corps du Bouddha.

6.
Le sixième point est l’activité éveillée, l’activité d’un bouddha qui, sans limite de temps et d’espace, œuvre de façon spontanée, non-intentionnelle, pour le bien de tous les vivants.

Ses six points « à connaître » sont explicités en vingt-et-un chapitres développant finalement la base, la voie et le fruit, suivant les classifications utilisés dans la lignée de Mahâmudrâ.

Nous retrouvons dans la structure même du Joyau Magique, la rencontre et l’union de la voie progressive et de la voie immédiate. Le texte suit un plan rigoureux présentant les causes de l’éveil puis la progression sur la voie.

Cependant, la pédagogie de l’approche graduelle se couple avec une perspective immédiate caractéristiques des transmissions de Mahâmûdra : la nature de bouddha est introduite d’emblée et cette notion reste présente tout au long de l’ouvrage. Elle en constitue la trame. Dans une telle perspective, parallèlement aux efforts pour réaliser l’éveil, il convient de reconnaître sa présence inaltérée.