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LES MOTS ESSENTIELS DU DHARMA (p. 3)


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མ་རིག་པ་གསུམ། (ma rig pa gsum) la triple ignorance (voir rgyu bdag nyid gcig pa'i ma rig pa - lhan gcig skyes pa'i ma rig pa et kun brtags ma rig pa):

རྒྱུ་བདག་ཉིད་གཅིག་པའི་མ་རིག་པ། (rgyu bdag nyid gcig pa'i ma rig pa) l'ignorance que la cause est une même essence.

ལྷན་གཅིག་སྐྱེས་པའི་མ་རིག་པ། (lhan gcig skyes pa'i ma rig pa) l'ignorance innée.

ཀུན་བརྟགས་མ་རིག་པ། (kun brtags ma rig pa) l'ignorance imaginaire.

ཁམས་གསུམ། (khams gsum) skt.tri loka, dans le cycle des existences on distingue trois mondes, ཁམས། état, règne, monde, གསུམ། 3. Il y a une hiérarchie des états d'existences dans le samsara depuis les états inférieurs douloureux les plus conditionnés jusqu'aux états divins les plus heureux qui sont encore des états imparfaits soumis au devenir et à l'illusion. Ces trois mondes englobent toute l'échelle des différents états de conscience (voir 'dod khams - gzugs khams et gzugs med khams):

འདོད་ཁམས། ('dod khams) skt. kamaloka, le monde passionnel, le monde des désirs, qui comprend la condition infernale, animale, des esprits avides, la condition humaine, les dieux jaloux et les premiers états divins

གཟུགས་ཁམས། (gzugs khams) skt. rupaloka, le monde de la forme (pure) qui comprend 17 niveaux d'états divins : ce sont des états de conscience moins étroitement limités que ceux de la conscience des hommes ordinaires. L'existence en ces états est caractérisée par la lumière, les corps des êtres sont faits d'une forme lumineuse, une pure forme. Il y en a 17 niveaux qui se rangent en 4 catégories correspondant à 4 niveaux de méditation (voir bsam gtan bzhi):

བསམ་གཏན་བཞི། (bsam gtan bzhi) skt. catvari dyana, (en pali les jñanas). Si on se fixe sur ces états de méditation, cela entraine une renaissance dans le monde de la forme pure. L'attachement aux expériences lumineuses de la méditation est cause de renaissance en ces états également.

གཟུགས་མེད་ཁམས། (gzugs med khams) skt. arupaloka, le monde sans forme. Dans le monde informel on peut distinguer 4 domaines qui correspondent à des états de méditation informelle (voir skye mched bzhi) :

སྐྱེ་མཆེད་བཞི། (skye mched bzhi) les 4 domaines. Dans ces 4 domaines il y a encore une expérience, un concept de l'espace, de la conscience, du rien, une notion de la ni perception ni non-perception. Ce sont les 4 perceptions, conceptions de la vacuité, des approches imparfaites de celle-ci puisque la vacuité est l'absence de conception (voir rnam mkha' mtha' yas sky mched - rnam shes mtha' yas sky mched - ci yang med pa'i skye mched et 'du shes med 'du shes med min gyi skye mched):

རྣམ་མཁའ་མཐའ་ཡས་སྐྱེ་མཆེད། (rnam mkha' mtha' yas skye mched) (l'état de conscience semblable à) l'espace infini

རྣམ་ཤེས་མཐའ་ཡས་སྐྱེ་མཆེད། (rnam shes mtha' yas skye mched) le domaine de la conscience infinie

ཅི་ཡང་མེད་པའི་སྐྱེ་མཆེད། (ci yang med pa'i skye mched) le domaine du rien.

འདུ་ཤེས་མེད་འདུ་ཤེས་མེད་མིན་གྱི་སྐྱེ་མཆེད། ('du shes med 'du shes med min gyi skye mched) le domaine en lequel il n'y a ni perception, ni non-perception.

Q1: Plutôt que de parler d'observateur abstrait pourrait-on parler d'observation, puisqu'il n'y a personne pour observer ?
Denys Rinpoché : On part d'un niveau très élémentaire. Il y a d'un côté la théorie, de l'autre côté l'expérience. L'observateur abstrait au départ est nécessairement dans la dualité, mais il est neutre, il n'est pas impliqué de façon directe comme on l'est habituellement. Cette neutralité est une "abstraction" : c'est la première étape. Puis petit à petit l'observateur est vraiment abstrait, il en a été fait abstraction. Cela ne change rien de parler d'observation, car c'est l'action qui se déploie entre l'observateur et ce qui est observé. La notion même d'expérience est même ultimement discutable car, qui est le sujet de l'expérience ? Il y a eu ainsi de nombreux débats dans la philosophie bouddhiste. Les Cittamatrins ( སེམས་ཙམ་པ། ) (sems tsam pa) qui considèrent que tout est esprit, parlent d'un esprit auto-connaissant, lucide de lui-même en lui-même. D'autres contestent l'existence même de cette auto-connaissance car cela implique l'existence d'un expérimentateur de l'expérience. Ils arrivent à dire que fondamentalement on ne peut pas dire que l'esprit soit, on ne peut pas dire qu'il ne soit pas, ni dire qu'il soit et qu'il ne soit pas, ni nier qu'il soit et qu'il ne soit pas. Ce sont quatre possibilités logiques qui sont ainsi jugées inadéquates. Il reste alors ce qu'on appelle སྤྲོས་བྲལ། (spros bral). Voir spros et bral (ci-dessous)

སྤྲོས། (spros) production, émanation, conception. Ce sont toutes les conceptions, catégories que l'esprit peut fabriquer.

བྲལ། (bral) séparé, à l'écart de. L'esprit est par nature à l'écart de toutes les conceptions logiques, métaphysiques qu'il peut produire. C'est une façon de dire qu'il est ineffable, indiscible, inexprimable, inconceptualisable... Toute définition implique une fin, une détermination, une limite. L'esprit dans son aspect ultime échappe nécessairement à toute détermination, pour cause ; quelque chose qui serait déterminé ne serait pas l'ultime. En terme positif, ce que l'on peut en dire qui le détermine le moins est tathata དེ་བཞིན་ཉིད།

སྤྲོད་པ་བརྒྱད་དང་བྲལ་བ། (sprod pa brgyad dang bral ba) l'esprit est libre des 8 catégories (voir rtag chad - gcig dang tha dad - 'gro 'ong et skye 'gag).

རྟག་ཆད། (rtag chad) l'éternalisme et le nihilisme. རྟག permanent, éternel, l'éternalisme. Dire que l'esprit est sans début ni fin n'est pas suffisant pour dire qu'il est éternel. Dire qu'il est éternel est une manière de le situer dans le temps, ou lui assigner un temps infini.

ཧཅིག་དང་ཐ་དད། (gcig dang tha dad) l'un et le multiple. La vérité ultime ne peut pas être déterminée par l'un ou le multiple. Dans les religions monothéistes il y a un Dieu unique, mais ce Dieu unique ne peut être caractérisé comme étant ceci ou cela. Toutes les catégories que l'on peut lui appliquer sont inadéquates. Il y a une entité : Dieu unique, mais lorsqu'on s'en approche elle se désintègre d'une certaine façon. L'approche bouddhique fait l'économie de la formulation théiste et dit tout de suite que l'ultime est indéfinissable. De même que le fait la théologie apophatique ou dans l'islam lorsque l'on parle de "ne jamais donner un nom à Dieu". Nommer Dieu est vouloir le déterminer.

Q2: Mais dire Dieu ou tathagatagarbha n'est-ce pas dire la même chose ?
Denys Rinpoché : D'un certain point de vue oui ; à partir du moment où on parle on est au niveau des concepts. Mais si on emploie bien les concepts on évite de tomber dans leur piège. Il suffit de rester conscient que ce n'est que du discours. Il est le doigt qui pointe la lune et il ne faut pas rester fixé sur le doigt. La philosophie bouddhique culmine, non pas dans une théorie, mais dans un discours qui remet en question sa propre valeur. La philosophie des Madhyamika (དབུ་མ་པ།) (dbu ma pa) débouche sur སྤྲོས་བྲལ། c'est à dire que l'ultime n'est pas du domaine du discours. L'approche directe aconceptuelle est celle de la méditation.

འགྲོ་འོང། ('gro 'ong) (les catégories d') allées et venues dans le domaine spatial. འགྲོ། aller, འོང། venir.

སྐྱེ་འགག། (skye 'gag) (les catégories d') origination et cessation dans le domaine temporel.

སྒྲིབ་པ་བཞི། (sgrib pa bzhi) les 4 voiles (voir ma rig pa'i sgrib pa - bag chag kyi sgrib pa - nyon mongs pa'i sgrib pa et las kyi sgrib pa).

མ་རིག་པའི་སྒྲིབ་པ། (ma rig pa'i sgrib pa) le voile de l'ignorance, le premier voile : la méconnaissance de la nature de l'esprit qui est le point de départ de toutes les illusions. L'ignorance, avidya, est la méconnaissance fondamentale de la réalité ultime (ce n'est pas l'ignorance au sens vulgaire).

བག་ཆགས་ཀྱི་སྒྲིབ་པ། (bag chag kyi sgrib pa ) le voile des tendances fondamentales. བག་ཆག། les vasanas, empreintes, impregnations, propensions, prédispositions. Ce sont les prédispositions subconscientes, les tendances fondamentales. (A proprement parler les puristes disent que parler de motivations inconscientes est une aberration, puisque si quelque chose est inconscient, comment peut-il devenir conscient ? Ce qui est subconscient est en-dessous du niveau de la conscience.) La principale de ces tendances fondamentales est de toujours percevoir la réalité en termes duels de sujet et d'objet. De celle-ci naissent toutes les émotions perturbatrices.

ཉོན་མོངས་པའི་སྒྲིབ་པ། (nyon mongs pa'i sgrib pa) le voile des émotions conflictuelles, des émotions perturbatrices. ཉོན། (nyon) fou, malsain, མོངས། (mongs) aveuglement, stupidité, ཉོན་མོངས་པ། (nyon mongs pa) skt. kleshas. Lorsque cette propension duelle existe, naissent les deux pôles sujet et objet entre lesquels se développent les émotions conflictuelles : le désir, l'aversion, l'indifférence, puis toutes les autres sortes d'émotions.

ལས་ཀྱི་སྒྲིབ་པ། (las kyi sgrib pa) le voile du karma. Les activités négatives issues des passions constituent un voile supplémentaire dans lequel nous sommes empêtrés, illusionnés. Dans la pratique on travaille tout d'abord au niveau des actes, puis ensuite sur les émotions, et on remonte petit à petit jusqu'aux tendances latentes fondamentales, jusqu'à ce que l'ignorance la plus fondamentale soit extirpée. ལས། action. On inclut aussi bien l'origine de l'action que sa conséquence, on le comprend donc également comme sa causalité. Cela comprend tout le déploiement de l'action.

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