L'impermanence et la mort 2

«Le monde et les êtres sont impermanents.
En particulier, la vie du corps est comme une bulle d’eau.
Incertain est le moment du trépas,
Et, mort, le corps devient cadavre.
Pour que le dharma puisse alors m’aider,
Je vais le pratiquer avec énergie.»

Karmapa IX, Texte des Ngöndros.

Il est aussi très important de prendre conscience de l’impermanence et de développer l’habitude de la percevoir en toute chose, car ce que nous faisons avec l’idée que les choses sont stables et durables est illusion, source de fixation et de souffrances. La méditation sur l’impermanence a le pouvoir de diminuer nos attachements à cette vie et de nous inciter à pratiquer ce qui est positif. 

Cette vie n’est pas si importante en elle-même, et pourtant nous nous en soucions constamment. Il vaudrait mieux penser au moment où nous nous séparerons de ce monde et voyagerons dans l’inconnu du bardo. Nous serons alors seuls, à une distance inimaginable des choses et des personnes qui nous étaient familières dans ce monde. Ce corps est un hôtel dont la conscience est l’hôte temporaire. Bientôt, ce voyageur migrant d’état en état partira vers de nouvelles destinations, laissant derrière lui l’auberge qui l’avait reçu 3 .

Notre existence est transitoire, elle finira bientôt et nous serons tous séparés par la mort. Pour préparer ce départ, rien n’est plus important que la pratique du dharma, car rien d’autre ne peut vraiment nous aider alors. Il faut toujours être prêts à mourir, nous préparant comme si nous devions mourir ce soir ; et si nous vivons encore, tant mieux, la préparation ne sera pas perdue !

L’impermanence est une réalité universelle : le monde qui nous paraît solide et stable sera néanmoins, à la fin du cycle cosmique, graduellement détruit par le feu, l’eau et l’air. L’impermanence est évidente dans les transitions constantes du monde : dans l’écoulement du temps et les changements de saisons. Au printemps, la terre, d’un brun rougeâtre, s’attendrit, arbres et plantes bourgeonnent ; quand vient l’été, le sol alors vert et bleuté s’humidifie, feuilles et fleurs s’épanouissent ; puis la force de l’automne affermit le sol, il devient ocre et les fruits mûrissent ; enfin, avec la venue de l’hiver, la terre gèle et devient grisâtre, arbres et plantes se des­sèchent et deviennent cassants.

Il n’y a rien qui soit permanent : le soleil et la lune se lèvent puis se couchent, au jour clair et transparent succède la nuit sombre et opaque. Tout change, d’heure en heure, de minute en minute, d’instant en instant, comme le cours d’une cascade qui, bien qu’il nous apparaisse toujours identique à lui-même, n’est pourtant jamais le même : il est en continuel changement, l’eau s’y renouvelant sans cesse.

     La nature de l’impermanence est telle que :

    Tous biens et toutes richesses accumulés finalement s’épuisent ;
     Tout ce qui a été érigé finalement s’écroule ;
     Tous ceux qui se sont rencontrés finalement se séparent ;
     Tout ce qui est né finalement meurt ;

    Ce qui est élevé est abaissé ;
     Ce qui est en bas vient en haut ;
     Le riche devient pauvre ;
     Et le pauvre riche ;
     L’ennemi devient ami,
     L’ami ennemi…

    Il n’est rien dont la nature ne soit impermanente.
     Prendre pour permanent
     Ce qui n’est que transitoire
     Est comme l’illusion d’un fou.

La méditation sur l’impermanence de toute chose, et plus particulièrement sur celle de notre vie, nous fait rejeter toute paresse et pratiquer le dharma avec énergie 4

Quand nous aurons médité sur l’impermanence et compris le caractère transitoire de tout ce qui est composé, d’une part notre attachement à cette vie et la force des six passions diminueront et, d’autre part, notre confiance dans le dharma grandira. Nous pourrons le pratiquer avec énergie, sans peine et sans difficulté, et obtenir finalement le suprême accomplissement de Mahâmudrâ, réalisant que l’esprit est en lui-même au-delà des naissances et des morts.